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Les mécanismes impliqués
Nos gènes d’aujourd’hui sont peu
différents de ceux de nos ancêtres
paléolithiques alors que notre
alimentation a considérablement
changé. Les populations des pays
industrialisés se nourrissent
principalement de produits raffinés
et transformés, riches en acides
gras saturés et pauvres en
polyinsaturés. Il y eu donc une
modification de la consommation des
graisses : les apports en oméga˗6 et
acides gras trans, que l’on retrouve
dans les huiles végétales
hydrogénées, ont augmentés alors que
les apports en oméga˗3 ont diminués.
Ces
changements rapides et draconiens de
notre alimentation sont de
potentiels promoteurs de conditions
telles que les maladies
cardiovasculaires, le diabète et les
maladies mentales.
Comme tout autre organe du corps, le
cerveau est affecté par la
nourriture consommée. Pour
fonctionner et se développer
correctement, le cerveau a besoin
d’une gamme de nutriments fournis en
quantité et en proportion adéquate
les uns par rapport aux autres.
Beaucoup de nutriments sont
impliqués, mais les acides gras sont
les éléments clés, sachant que 60%
du poids sec [2] du cerveau est
constitué d’acides gras dont 50%
sont les acides gras polyinsaturés
(PUFA) tels que les oméga˗3 et les
oméga˗6.
Ces acides gras sont les principaux
constituants des membranes
cellulaires, sachant que le cerveau
est l’organe qui en contient le plus
il n’est pas surprenant que sont
taux en PUFA soit si élevé.
Ces PUFA ont de grande chance d’être
impliqués dans les troubles
psychiatriques dus non seulement à
leur action sur la structure
cérébrale mais également sur son
fonctionnement. Il a été en effet
prouvé que les PUFA sont capables de
moduler la fluidité des membranes
des cellules nerveuses (neurones),
l’activité des neurotransmetteurs
impliqués dans les troubles mentaux
(sérotonine et dopamine) et la
réponse inflammatoire. Les neurones
sont les cellules qui permettent la
formation et la transmission de
l’information au sein du système
nerveux sous forme de signal
électrique grâce aux
neurotransmetteurs. Lorsque la
fluidité des membranes est modifiée,
notamment en devenant moins
perméable aux neurotransmetteurs,
ces derniers ne peuvent plus
véhiculer entre les neurones et
l’information nerveuse ne passe donc
plus.
Une carence en oméga˗3 serait à
l’origine d’une diminution du taux
de dopamine. De plus, ces acides
gras auraient un effet
antidépresseur ou stabilisateur
d’humeur due à leur action sur le
neurotransmetteur sérotonine.
Finalement, les acides gras semblent
être impliqués dans la réponse
inflammatoire et affecter le système
immunitaire en agissant sur les
cellules immunitaires grâce aux
eicosanoïdes (prostaglandins,
leukotrienes et thromboxanes) et les
cytokines. AA et EPA peuvent être
transformés en agents aux propriétés
semblables à celles des hormones,
les eicosanoïdes. L’un des résultats
de l’activité de ces molécules est
d’atténuer l’inflammation qui au
niveau du cerveau peut mener à une
réduction des troubles mentaux. Les
cytokines quant à elles activent ou
inhibent le système immunitaire,
ainsi l’inadéquate production de ces
agents (due à un apport insuffisant
en oméga˗3) peut conduire à des
réactions inflammatoires cérébrales
soupçonnées d’être à l’origine de
troubles du comportement.
Où en est la recherche ?
De nombreuses maladies ou conditions ont été
étudiées (dépression sous ses formes variées,
difficultés d’apprentissage, THADA, maladie
d’Alzheimer et de Huntington, schizophrénie,
syndrome de fatigue chronique, et autisme) et
une claire corrélation apparaît entre des
habitudes alimentaires peu équilibrées et/ou
saines et la montée de ces troubles mentaux. Il
semble possible que ces conditions soient
causées par un apport de pauvre qualité ou en
quantité insuffisante de certains nutriments
essentiels pour un fonctionnement cérébral
normal.
L’impact des changements d’habitudes
alimentaires sur les troubles psychiatriques a
été démontré par Hibbeln en 1998. Son étude a
révélé que les pays avec des taux de
consommation de poisson importants, comme le
Japon par exemple, avaient une fréquence de
dépression moindre.
La dépression semble être associée à un
disfonctionnement du métabolisme des acides gras
PUFA. Comme ces molécules ne peuvent pas être
fabriquées par le corps humain, les apports
alimentaires ont de grandes chances d’avoir un
rôle modulateur des activités cérébrales. La
quantité de ces acides gras consommés peut être
estimée en mesurant la composition lipidique du
plasma et des globules rouges. Les analyses
faites de cette manière ont permis de révéler
l’existence d’une corrélation entre le taux de
PUFA et le degré de sévérité de la dépression.
Les effets des PUFA sur la dépression ont été
également évalués en administrant de fortes
doses de ces acides gras à des patients atteints
de dépression. Dans cinq des sept études
effectuées, les symptômes se sont améliorés de
manière significative chez les patients ayant
reçu les suppléments [3] .
Une équipe de chercheurs [4] a également prouvé
que les personnes âgées qui consomment du
poisson régulièrement sont moins dépressives,
ont de meilleurs résultats aux tests cognitifs
et ont de moindre risques de développer la
maladie d’Alzheimer.
Les meilleurs résultats semblent toutefois avoir
été obtenus par des études traitant des troubles
de l’humeur [5].
(2) Poids excluant tout liquide
(liquide rachidien…)
(3) Nemets et al., 2002; Stoll et al., 1999;
Puri et al., 2002, Peet et Horrobin, 2002, Su et
al., 2003, Marrangell et al., 2003 et Silvers et
al., 2005
(4) Barberger-Gateau, et al. 2005
(5) Parker et al., 2006
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