Accueil
Plan
Favoris
Recherche

Combien de calories ?
Calculez les calories de vos repas facilement, en quelques clics, et maîtrisez votre nutrition.


Nutrition et sida


Par Myriam Faure, le 05/08/2010

D’après les derniers chiffres publiés par l’ONUSIDA, en 2007 dans le monde 33,2 millions d’individus vivaient avec le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) dont 2,5 millions étaient des enfants. En France, 130 000 personnes étaient séropositives et 1 500 sont décédé du SIDA. Ces chiffres n’ont cessé d’augmenter depuis l’apparition de l’épidémie en 1981.
Une fois que le virus est entré dans l’organisme, la maladie prolifère et détruit le système immunitaire. La nutrition a un rôle clé dans la progression et le traitement de la maladie. Avec une intervention nutritionnelle adaptée la qualité mais également l’espérance de vie des patients peut être augmentée.



Le VIH


Un virus est un organisme à part. Il ne peut pas être classifié en tant que cellule vivante même s’il s’en rapproche de part son organisation structurale. Contrairement à toute cellule, les virus se multiplient exclusivement à l’intérieur des cellules hôtes de l’organisme qu’ils ont envahi, ils ne peuvent ainsi donc pas se diviser seuls. Leur matériel génétique peut être de l’ADN ou de l’ARN (simple ou double hélice d’acides nucléiques). Ils détournent la « machinerie » de la cellule envahie à leur profit, tuant ensuite celle-ci.
Dans le cas du SIDA, le virus (VIH) infecte des cellules particulières, les lymphocytes T4, qui sont des globules blancs ayant un rôle crucial dans le système immunitaire. Il existe 2 types de VIH : VIH-1 et VIH-2, le premier étant le plus répandu. Le VIH est ce qu’on appelle un rétrovirus : il possède une enzyme particulière (la transcriptase inverse) qui va reproduire son propre matériel génétique, en l’occurrence de l’ARN, sous la forme d’ADN et l’intégré à celui de la cellule hôte. Cet ADN viral (provirus) reste dans le génome de la cellule hôte et va produire de nouveaux virus. L’expression de ce provirus est à l’origine de la synthèse de trois protéines qui vont former différentes « parties » structurales du virus. Ces protéines s’assemblent pour former un nouveau virus (virion) qui va ensuite quitter la cellule pour rejoindre le sang et aller contaminer un autre lymphocyte T4. Une fois infectées les cellules meurent, le système immunitaire est ainsi totalement désorganisé.

Le virus peut se transmettre soit lors de relation sexuelle, soit par le sang ou soit de la mère à l’enfant lors de la grossesse, de l’accouchement et de l’allaitement. Le virus est donc présent dans les sécrétions génitales (sperme et cyprine), le sang et le lait maternel. On en retrouve également dans la salive, les larmes et l’urine mais en quantité insuffisante pour être transmis.



Le développement et gestion de la maladie


La maladie ne se développe que si le VIH a pénétré l’organisme et les lymphocytes T4. Un individu peut être porteur du virus sans pour autant développer d’infections, on dit que l’individu est porteur sain du virus. Le diagnostic se fait lorsque des anticorps anti-VIH sont détectés lors d’une prise de sang, l’individu est séropositif. L’apparition dans le sang de ces anticorps est appelé séroconversion, il s’agit en fait d’un terme général qui désigne la modification de la composition du sérum.

Le SIDA (syndrome d’immunodéficience acquise) est le stade durant lequel les fonctions immunitaires sont grandement diminuées entrainant ainsi la propagation de maladies opportunistes (1). Le laps de temps compris entre l’infection au VIH (contamination) et la progression jusqu’à une baisse sévère des globules blancs et au Sida (apparition des symptômes) est variable, mais il est en général de l’ordre de 10 ans. D’où l’importance de se faire dépister en cas de doute (à la suite d’une relation sexuelle non protégée avec un nouveau partenaire).

Les étapes du développement de la maladie sont classées par l’Organisme Mondial de la Santé (OMS) selon la façon suivante :

  • Primo-infection à VIH (15 à 30 jours) : période comprise entre le contact avec le virus et le développement d’une réponse immunitaire (production d’anticorps anti-VIH). Ce stade peut être asymptomatique ou vécu comme un syndrome rétroviral aigu (état grippal de durée et de sévérité variable). Un diagnostique rapide à ce stade peut changer de manière significative l’évolution ultérieure de la maladie.
  • Stade clinique 1 (quelques mois) : asymptomatique ou adénopathie (pathologie des ganglions lymphatiques) généralisée persistante
  • Stade clinique 2 : perte de poids mineure (inférieure à 10%), manifestations cutanéomuqueuses mineures (dermites, zona ou ulcération buccales) et infections récidivantes des voies respiratoires supérieures
  • Stade clinique 3 : perte de poids majeure (supérieure à 10%), diarrhées chroniques inexpliquées, fièvre prolongée inexpliquée, candidose buccale ou leucoplasie, infections bactériennes sévères, tuberculose pulmonaire et inflammation nécrosante aiguë dans la bouche. Certaines personnes au stade clinique 3 ont un sida.
  • Stade clinique 4 : inclut 22 infections opportunistes ou cancers liés au VIH :
    Pneumocystose : infection pulmonaire due à un parasite, Pneumocystis jiroveci. Candidose : infection due à une levure, le candida, affectant la peau et les muqueuses (intestin, vagin, bouche, etc.). Toxoplasmose cérébrale. Maladie de Kaposi : maladie causée par un virus de l’herpès : HHV8. Lymphome : cancer des organes lymphatiques secondaires tels que les ganglions lymphatiques et la rate.
    Toutes les personnes au stade clinique 4 ont un sida.

Le mécanisme impliqué dans le développement de la maladie est extrêmement complexe et pas encore totalement éclaircit, rendant difficile l’élaboration de traitement efficace. Les chercheurs de l’institut Pasteur et du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) ont toutefois découvert que le VIH altérait le système immunitaire notamment en empêchant le contact entre les lymphocytes T4 et ainsi la propagation de la réponse immunitaire par l’action d’une protéine du virus, la protéine Nef.
Il est également connu que le virus subit de fréquentes mutations durant sa synthèse à partir du provirus, ainsi les virus produits sont différents du virus original ayant infecté la personne. Cette mutation entraîne une résistance aux traitements, limitant leur efficacité. Cette population mutée est toutefois minoritaire comparée à la population identique au virus original.
Les traitements actuels permettent néanmoins de contrôler la charge virale, c'est-à-dire le nombre de virus contenu dans le sang, afin d’avoir une quantité de lymphocytes T4 suffisante pour lutter contre les infections.
Les personnes infectées par le virus du SIDA ne meurent pas du « SIDA» lui-même mais des infections contractées qui affaiblissent l’organisme du malade.



La nutrition : aide thérapeutique


La nutrition est un supplément thérapeutique essentiel qui nécessite une connaissance des complications associées à la maladie (dénutrition, changements du métabolisme ou cachexie (2), de l’interaction entre les médicaments et les aliments ainsi que des conditions apparentées (résistance à l’insuline, mauvaise régulation lipidique, hépatite et maladies rénales). La nutrition vient se combiner au traitement médicamenteux afin d’améliorer la qualité de vie du patient et limiter la progression de la maladie.
La malnutrition peut influencer le pronostic de survie en réduisant la réponse immunitaire, en causant des lésions au niveau des organes, en diminuant l’efficacité des traitements et en contribuant de manière progressive à un affaiblissement.

Energie et macronutriments
La consommation de macronutriments nécessite d’être surveillé afin de maintenir le poids corporel. L’amaigrissement est courant chez les malades du SIDA dû à une augmentation du métabolisme de base (énergie consommé au repos plus importante), une diminution de la prise alimentaire et une élévation des pertes digestives. Il a été établit qu’un amaigrissement aussi modeste que 5% élève de manière significative la morbidité et la mortalité.

Comme toute infection, le SIDA s’accompagne d’une augmentation des besoins en énergie et en protéines. Ces besoins sont fonction de l’état de santé de l’individu au moment de son infection au VIH, de la progression de la maladie et des complications qui lui sont associées. Par exemple, les apports énergétiques et protéiques devront être augmentés en cas de fièvre. Il a été également observé que les dépenses énergétiques au repos étaient proportionnelles au nombre de particules virales circulantes.

Les risques de malnutrition proteinoénergétique (MPE) sont donc très importants chez les individus atteints par le VIH. Au début la perte de poids est graisseuse mais ensuite c’est principalement la masse musculaire qui diminue. Un apport en protéines suffisant de même que la pratique régulière d’une activité physique d’intensité modérée aide à prévenir la perte de masse musculaire. Toutefois, ceci peut s’avérer difficile sachant que les personnes infectées par le virus souffrent souvent de perte d’appétit, de dysphagie (difficulté à avaler) ainsi que de problèmes digestifs, de vomissements et/ou de diarrhées dus notamment à la prise de médicaments. A cela peut s’ajouter des atteintes du système nerveux central pouvant se traduire par un état anxieux ou dépressif. Ces détériorations neurologiques conduisent dans de nombreux cas à des apports alimentaires insuffisants : perte d’appétit ou d’intérêt pour la nourriture, ou difficultés à manipuler les aliments (tenir les couverts).

Des problèmes d’absorption, dus à un dysfonctionnement du tube digestif, sont souvent observés chez les personnes atteintes du VIH. Par conséquent, les aliments digérés ne peuvent traverser la paroi intestinale et rejoindre le flux sanguin car le VIH et d’autres infections ont endommagés cette paroi. La malabsorption peut affecter les glucides et les lipides, cette dernière entraine souvent des diarrhées. Boire assez d’eau permet d’éviter la déshydratation accompagnant les diarrhées et de réduire les effets secondaires des médicaments. Les boissons riches en caféines (thé, café et cola), chocolatées et alcoolisées sont à éviter car elles ont un effet diurétique et promeuvent la perte d’eau.

L’introduction de la thérapie antirétrovirale hautement active (HAART) comme moyen de traitement a considérablement augmenté les chances de survie des malades. Cette thérapie consiste en une combinaison de trois ou plus médicaments antirétroviraux afin de réduire la charge virale et de maintenir le taux de lymphocytes T4. Cependant ce traitement est à l’origine de nombreux effets secondaires. L’un d’entre eux est la lipodystrophie qui se caractérise par une mauvaise redistribution des graisses et des désordres métaboliques. Les tissus adipeux vont avoir tendance à disparaître au niveau du visage et des membres, et à s’accumuler dans la partie centrale du corps et le cou. Les patients souffrant de lipodystrophie, sont souvent sujet à une dyslipidémie (taux de lipides sanguins anormalement élevé) qui se traduit par un taux sanguin de triglycéride et de cholestérol trop importants. Enfin on observe également chez ces patients une résistance à l’insuline pouvant évoluer en diabète. Les apports glucidiques doivent être contrôlés surtout les glucides rapides. A noter que ces altérations du métabolisme peuvent se retrouver chez les personnes infectées par le VIH qui ne suivent pas le HAART, et affecter non seulement les glucides et les lipides mais également les vitamines et minéraux.

Les micronutriments
La mauvaise absorption observée pour les macronutriments survient aussi pour les vitamines et les minéraux, la malabsorption des lipides entrainant celle des vitamines liposolubles (vitamines A et E).
La carence en vitamine A est courante chez les personnes atteintes du SIDA. Elle affaiblit les fonctions immunitaires et ainsi prédispose les malades à de sévères infections et augmente leurs risques de mortalité. En effet, le manque de vitamine A rend la barrière épithéliale (la peau) plus perméable aux microorganismes. De plus, la présence d’une insuffisance en vitamine A chez la femme enceinte a prouvé être un risque majeur dans la transmission mère-fœtus du virus. Cette vitamine ainsi que la vitamine C sont deux éléments indispensables à une bonne cicatrisation.
Le zinc et le sélénium sont deux minéraux cruciaux dans le maintien d’un système immunitaire sain. Ils préviennent le développement trop rapide de la maladie aussi grâce à leur nature d’antioxydants. Le sélénium semblerait réduire la virulence du VIH et sa carence augmenterait les risques d’infections par certaines bactéries.
Des taux sanguins bas en vitamines E et B12 ont été associés à une progression plus rapide de la maladie.
La plupart des micronutriments interagissent les uns avec les autres, la carence d’une ou plusieurs vitamines et/ou minéraux peut donc augmenter la déficience d’autres micronutriments. Par exemple, un manque de vitamine A peut affecter le métabolisme du fer, notamment en influençant la disponibilité des réserves ferriques, et ceci d’autant plus que la personne souffrent d’infections.
Une alimentation variée et adaptée aux besoins de l’individu, conjointement à un traitement médicamenteux, soutiendra son système immunitaire et retardera la progression de la maladie. Il est essentiel de prévenir l’installation du cercle vicieux malnutrition/infection : l’infection engendre la malnutrition et la malnutrition favorise les risques d’infection.



Hygiène alimentaire


Les personnes séropositives étant plus sensibles aux microorganismes que les personnes de sérologie normale, elles doivent se protéger contre les infections pouvant être portée par les aliments ou les boissons. Des règles d’hygiène simples permettront de limiter les risques de contracter une infection :

  • Les aliments doivent donc être minutieusement lavés de même que les mains et les ustensiles servant à la préparation et la cuisson des aliments.
  • Cuire les denrées crues telles que les œufs, le poisson et les viandes.
  • Respecter les dates de péremption.
  • Conserver les restes au réfrigérateur et consommer les dans les trois jours.
  • Ne pas boire à la bouteille afin d’éviter la propagation des germes pour soi et son entourage. Eviter de boire directement à la cannette, des germes pouvant s’y trouver.
  • Couvrir les plaies afin d’éviter la contamination durant la manipulation et la cuisson des aliments.
  • Utiliser des récipients de stockage stérilisés (conserves) ou parfaitement nettoyés (boîtes en plastiques)
  • Désinfecter le plan de travail avant et après utilisation.

Veillez également à ne pas cuire les légumes trop longtemps ou conserver leur eau de cuisson afin de préserver au maximum les vitamines.



Recommandations nutritionnelles


Comme le SIDA présente différents symptômes en fonction du stade de la maladie, des infections que le patient a contracté et sa réaction aux traitements, il est difficile d’établir un régime global adapté à chaque individu. Toutefois, voici des tableaux présentant différents régimes conseillés en fonction des symptômes et des phases de la maladie. Ceci n’est qu’une aide, je vous recommanderais donc d’aller consulter un(e) diététicien(ne) (si ce n’est déjà fait…) et/ou de suivre les conseils de votre médecin afin qu’il ou elle vous prescrive le régime le plus adapté pour vous.

La phase asymptomatique
Optez pour une alimentation équilibrée et surtout faites vous plaisir (le moral joue un rôle important dans le développement des maladies) cf. Tableau 1 : Répartition qualitative journalière des différents groupes d’aliments.

Ayez au moins trois repas pas jour : petit-déjeuner, déjeuner et diner. Chaque repas doit comporter quatre portions de glucides (féculents, légumineuses, fruits et légumes), deux portions de protéines (viande, poisson, œuf, légumineuses et produits laitiers) et une portion de lipides (beurre, huile, crème et fruits oléagineux). Les quatre portions de glucide doivent inclure une crudité (légumes ou fruits crus), une cuidité (légumes ou fruits cuits), un farineux (pain, pâte, riz ou céréales en générale) et un sucre rapide (sucre et sucrerie). Eventuellement, une ou deux collations peuvent être inclus dans la journée : fruits frais ou secs, barre de céréales ou pain avec du beurre, de la confiture ou du miel accompagné d’une boisson chaude (thé vert, chocolat chaud, etc.). Ces portions seront à déduire des autres repas.
Limitez votre consommation d’alcool qui affaiblira d’autant plus votre organisme et faites une activité physique régulière voire quotidienne (total de 2h par semaine, d’intensité modérée : marche, vélo, jogging ou natation).

La phase symptomatique
Comme expliqué précédemment, d’une manière générale trois aspects nutritionnels sont à prendre en compte, il faut augmenter :

  • Les apports énergétiques totaux : ils doivent être augmenté jusqu’à 150% des calories recommandées pour un individu de sérologie normale en privilégiant les protéines.
  • Les apports en protéines : attention tout de même aux individus souffrant de maladies rénales et/ou hépatiques.
  • Les apports en vitamines (A, B, C et E) et minéraux (sélénium, zinc, et fer).

Le Tableau 2 (Principales conditions observées chez les malades du SIDA et les recommandations nutritionnelles associées) présente les aspects nutritionnels à prendre en compte concernant les principales conditions dont souffrent les malades du SIDA.
Même si la plupart des malades sont maigres certains vont au contraire être en surpoids. Cette prise de poids s’accompagne souvent d’une élévation du taux de cholestérol et de glucose sanguin tout comme dans le cas de lipodystrophie. Il faudra ainsi surveiller la consommation des graisses pour l’hypercholestérolémie (trop de cholestérol) et l’hypertriglycéridémie (trop de triglycérides) en privilégiant les sources d’acides gras essentiels (poissons gras, huiles végétales, fruits oléagineux et graines).




Commentaires
Pas encore de commentaire

Laisser un commentaire
Pseudo :
Commentaire :
Veuillez recopier le code ci-dessous
image de securisation du formulaire